Best Of

L’University Of Gnawa d’Aziz Sahmaoui a dix ans. L’occasion rêvée pour réviser la discographie du groupe avec un best-of anniversaire. En 15 titres (dont certains réenregistrés ou inédits), ce best-of résume une décennie d’aventures musicales, de l’Atlas marocain aux scènes mondiales. Visite guidée.

Le groupe a toujours eu une double ambition : raviver le patrimoine et apporter un supplément d’âme à la modernité. Son interprétation du classique Soudani ya yemma qui ouvre depuis toujours les concerts de l’University, l’illustre parfaitement. Les innovations de ce titre sont nombreuses : le Ngoni, instrument mandingue, est détourné par Aziz et joué à la manière du Gumbri, dont les sonorités s’accordent parfaitement avec la basse groovy d’Alune. Quant à la Kora du très talentueux Cheikh Diallo, on croirait le titre composé pour elle. L’arrangement d’Aziz est magistral, le groove d’une redoutable efficacité, le crescendo agit comme un électrochoc. La même audace s’entend dans le classique et vitaminé Ana Hayou qui clôture souvent les concerts, avec le solo hendrixien d’Hervé Samb, un des guitaristes les plus talentueux d’Afrique. Le groupe a réenregistré un de ses classiques, Lawah-Lawah, dans une version live et encore plus groovy grâce au duo d’enfer Jon Grandcamp (batterie) et Adhil Mirghani (percussions). Dans un registre différent, Alf hilat est inspiré du “Chaabi” algérois, la musique populaire de la Casbah. Aziz garde certains éléments du style d’origine, mais il va également apporter des éléments plus contemporains comme les harmonies vocales, chantées entre autres par les magnifiques voix d’Alune et de Cheikh. On retrouvera enfin Firdawss, un titre à part dans la discographie du groupe. Avec ses volutes d’arrangements subtils, ses cordes, ses harmonies mélancoliques et son magnifique solo de flûte, cette chanson s’élève et réchauffe comme les étincelles au-dessus d’un feu de camp. 

Deux titres inédits complètent le best-of.

D’abord Un Homme bon. Tout Aziz Sahmaoui est résumé dans ce titre. Une mélodie mystique, une voix inhabituellement basse, une impression de générale de mystère, un texte d’une portée poétique et spirituelle d’une rare force… Et pour orner le tout, des musiciens qui mettent de côté leur virtuosité pour interpréter le plus simplement et le plus finement possible la mélopée d’Aziz. Ensuite l’épicé et festif Afrikya, joué à quatre mains par Alune et Aziz. Une véritable fusion entre le nord et l’ouest de l’Afrique, pour mettre en avant ce son unique qui demeure une des marques de fabrique du groupe.

Mais la danse et la transe ne sont pas tout. Cette musique pense et se lit, aussi. A travers les textes d’Aziz Sahmaoui, elle est le récit d’un monde qui bouillonne, souffre et espère. Comme la bande-son d’une histoire qui va des post-indépendances jusqu’aux Printemps arabes, en passant par les guerres du Golf. Aziz Sahmaoui regarde le monde avec lucidité et le chante les yeux ouverts, avec la force et l’élégance d’un grand poète. Ses chansons parlent de la misère des enfants (Miskina), des querelles de frontières (Entre voisins), de la guerre en Irak (Maktoube ?), ou de la déliquescence des gouvernements (Kahina), mais souvent sous la forme du conte. L’éclosion d’une révolution en Tunisie peut par exemple exhaler le parfum d’un prénom féminin (Yasmine). Les femmes sont omniprésentes dans les chansons d’Aziz Sahmaoui… Et donc l’amour des femmes (sous les traits de la sensuelle et mystérieuse Nouria), de la terre natale comme dans la chanson Mazal, du continent africain dans Jana Ifrikia (hymne aux beautés de l’Afrique, objets de toutes les convoitises) et bien sûr, toujours, de la musique et du partage. Sous les ailes de l’amour, Aziz Sahmaoui a trouvé refuge et beaucoup appris. Ces 15 chansons en sont la preuve.